Thème : La littérature africaine

Sous/thème : La prise de conscience

Titre : La Négritude en question

Texte d’étude : ‘’Les Damnés de la terre’’ Ed. Maspero 1961 (Frantz Fanon).

Frantz Fanon

" Peau noire, Masques blancs " Ed. Seuil, 1952.

Quand on réfléchit aux efforts qui ont été déployés pour réaliser l'aliénation culturelle si caractéristique de l'époque coloniale, on comprend que son rôle a été fait au hasard et que le résultat global recherché par la domination coloniale était bien de convaincre les indigènes que le colonialisme devait les arracher à la nuit. Le résultat, consciemment poursuivi par le colonialisme, était d'enfoncer dans la tête des indigènes que le départ du colon signifierait pour eux retour à la barbarie, encanaillement, animalisation. Sur le plan de l'inconscient, le colonialisme ne cherchait donc pas à être perçu par l'indigène comme une mère douce et bienveillante qui protège l'enfant d'un environnement hostile, mais bien sous la forme d'une mère qui, sans cesse, empêche un enfant fondamentalement pervers de réussir son suicide, de donner libre cours à ses instincts maléfiques. La mère coloniale défend l'enfant contre Lui-même, contre son moi, contre sa physiologie, sa biologie, son malheur ontologique.

Dans cette situation la revendication de l'intellectuel colonisé n'est pas un luxe mais exigence de programme cohérent. L'intellectuel colonisé qui situe son combat sur le plan de la légitimité, qui veut apporter des preuves, qui accepte de se mettre nu pour mieux exhiber l'histoire de son corps est condamné à cette plongée dans les entrailles de son peuple.

Cette plongée n'est pas spécifiquement nationale. L'intellectuel coloniale qui décide de livrer combat aux mensonges colonialistes, le livrera à l'échelle du continent. Le passé est valorisé, la culture, qui est arrachée du passé pour être déployée dans toute sa splendeur, n'est pas celle de son pays. Le colonialisme, qui n'a pas nuancé ses efforts, n'a cessé d'affirmer que le nègre est un sauvage et le nègre pour lui n'était ni l'Angolais, ni le Nigérien. Il parlait du nègre. Pour le colonialisme, ce vaste contenu était un repaire de sauvages, un pays infesté de superstitions et de fanatisme, voué au mépris, lourd de la malédiction de Dieu, pays d'anthropophages, pays de nègres. La condamnation du colonialisme est continentale. L'affirmation par le colonialisme que la nuit humaine a caractérisé la période anticoloniale concerne l'ensemble du continent africain. Les efforts du colonisé pour se réhabiliter et échapper à la morsure coloniale, s'inscrivent logiquement dans la même perspective que celle du colonialisme. L'intellectuel colonisé qui est parti très loin du côté de la culture occidentale et qui se met en tête de proclamer l'existence d'une culture ne le fait jamais au nom de l'Angola ou du Dahomey. La culture qui est affirmée est la culture africaine. Le nègre qui n'a jamais été aussi nègre que depuis qu'il est dominé par le Blanc quand il décide de faire preuve de culture, de faire œuvre de culture s'aperçoit que l'histoire lui impose un terrain précis, que l'histoire lui indique une voie précise, et qu'il lui faut manifester une culture nègre.

I- Explication des mots difficiles :

Encanaillement : Désigne ici, une Afrique de mépris et de Barbarie dus au départ du blanc.

Hostile : Ici désigne dangereux, plein de trouble conflictuel.

II- Questions de compréhension :

  1. De quoi Fanon nous parle dans ce texte ?

Dans ce texte, l’auteur nous parle de la Nègritude dans ses inconvénients.

  1. Selon Fanon Quels sont les dangers de la Négritude ?

Selon Fanon, la réaction légitime de la Négritude à l’idéologie raciste (colonialisme) comporte un double danger. D’une part, elle risque de déboucher sur une apologie effrénée de l’irrationnel et sur l’éloge inconsidéré d’une personnalité africaine qui se rapproche dangereusement du mythe du « bon sauvage » cher à Jean Jacques Rousseau. D’autre part, si la fonction progressiste de la négation est de nier le racisme colonial et de favoriser la prise de conscience de traditions historiques que les colonisateurs avaient occultées, cette réponse négative porte également la marque infamante de ce dernier ; elle est un « racisme antiraciste », selon la formule de Sartre dans ’’Orphée noir’’. Partant de ce double danger, Fanon estime que le colonisé a été invité sur un terrain de combat qui a été piégé d’entrée de jeu, dans la mesure où l’adversaire impose une forme de lutte idéologique qui ne peut conduire au colonisé de privilégier une culture à l’échelon continental, au détriment des cultures nationales.

  1. Caractérisez le colonisateur d’après le portrait de Fanon.

D’après Fanon, le colonisateur, habile et averti a cherché à créer dans l'esprit du nègre, la nécessité de la colonisation, mission civilisatrice qui ressemble à « une mère qui, sans cesse, empêche un enfant fondamentalement pervers de réussir son suicide ».

Ensuite il a procédé par une négation des valeurs culturelles du monde noir dans un cadre général, car pour lui il n'est ni question de « l'Angola ou du Dahomey » mais du nègre tout simplement. A cet effet, il a jeté les germes du trouble dans l'esprit de l'intellectuel colonisé qui risquerait de défendre des valeurs absurdes, comme l'avait dénoncé un peu plus tard Stanislas Adotevi dans " Négritude et nécrologies " (1972).

VI- Synthèse :

Ce texte est une illustration des méfaits de la Négritude qui ignore les valeurs nationales au profit des valeurs soutenues à l'échelle continentale et qui risquerait ainsi de faire perdre l'intellectuel colonisé dans sa prise de conscience.

 


2022-12-06 15:02:20 / saoudatoudiallo67@magoe.gn

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