Thème : La littérature africaine

Sous/thème : La prise de conscience

Titre : la Négritude

Sous/titre : La difficulté d’être Nègre. Frantz Fanon (Martinique) "Peau noire Masque blancs" Edition seuil 1952.

Objectif : Ce cours élucide les conditions d’existence du Nègre.

Intérêt : Il permet aux élèves d’étudier l’aliénation culturelle de l’homme de couleur sur un angle psychologique.

Activité d’apprentissage : Interaction

Résumé :

 

Texte d’illustration :

Et il nous fut donné d'affronter le regard du blanc. Une lourdeur inaccoutumée nous oppressa. Le véritable monde nous disputait notre part. Dans le monde blanc, l'homme de couleur rencontre des difficultés dans l'élaboration de son schéma corporel. La connaissance du corps est une activité uniquement négatrice. C'est une connaissance en troisième personne. Tout autour du corps règne une atmosphère d'incertitude certaine. Je sais que si je veux fumer, il me faudra étendre le bras droit et saisir le paquet de cigarettes qui se trouve à l'autre bout de la table. Les allumettes, elles, sont dans le tiroir de gauche, il faudra que je me recule légèrement. Et tous ces gestes, je les fais non par habitude, mais par une connaissance implicite. Lente construction de mon moi en tant que corps au sein d'un monde spatial et temporel, tel semble être le schéma. Il ne s'impose pas à moi, c'est plutôt une structure définitive du moi et du monde - définitive, il s'intéresse entre mon corps et le monde une dialectique effective.

Depuis quelques années, les laboratoires ont projeté de découvrir un sérum de de négrification ; des laboratoires, le plus sérieusement du monde, ont rincé leurs éprouvettes, réglés leurs balances et entamé des recherches qui permettront aux malheureux nègres de se blanchir, et ainsi de ne plus supporter le poids de cette malédiction corporelle. J'avais créé au-dessus du schéma corporel un schéma historico-racial. Les éléments que j'avais utilisés ne m'avait pas été fournis par « des résidus de sensations et perceptions d'ordre surtout tactile, vestibulaire, cénesthésique et visuel », mais par l'autre, le Blanc, qui m'avait tissé de mille détails, anecdotes, récits. Je croyais avoir à construire un moi physiologique, à équilibrer l'espace, à localiser des sensations, et voici que l'on me réclamait un supplément.

« Tiens, un nègre ! » C'était un stimulus extérieur qui me chiquenaudait en passant. J'esquissai un sourire.

« Tiens, un nègre ! » C'était vrai. Je m'amusai.

« Tiens, un nègre ! » Le cercle peu à peu se resserrait. Je m'amusai ouvertement.

« Maman, regarde le nègre, j'ai peur ! » Peur ! Peur ! Voilà qu'on se mettait à me craindre. Je voulus m'amuser jusqu'à m'étouffer, mais cela m'était devenu impossible.

Je ne pouvais plus, car je savais déjà qu'existaient des légendes, des histoires, l'histoire, et surtout l'historicité, que m'avait enseignée Jaspers. Alors le schéma corporel, attaqué en plusieurs points, s'écroula, cédant la place à un schéma épidermique racial. Dans le train, il ne s'agissait plus d'une connaissance de mon corps en troisième personne, mais en triple personne. Dans le train, au lieu d'une, on me laissait deux, trois places. Déjà je ne m'amusais plus. Je ne découvrais point de coordonnées fébriles du monde. J'existais en triple : j'occupais de la place. J'allais à l'autre ... et l'autre évanescent, hostile mais non opaque, transparent, absent disparaissait. La nausée...

J'étais tout à la fois responsable de mon corps, responsable de ma race, de mes ancêtres. Je promenai sur moi un regard objectif, découvris ma noirceur, mes caractères ethniques, - et me défoncèrent le tympan l'anthropophagie, l'arriération mentale, le fétichisme, les tares raciales, les négriers, et surtout, et surtout : « Y'a bon banania. »

Ce jour-là, désorienté, incapable d'être dehors avec l'autre, le Blanc, qui, impitoyable, m'emprisonnait, je me portai loin de mon être-là, très loin, me constituant objet. Qu'était-ce pour moi, sinon un décollement, un arrachement, une hémorragie qui caillait du sang noir sur tout mon corps ? Pourtant, je ne voulais pas cette reconsidération, cette thématisation. Je voulais tout simplement être un homme parmi d'autres hommes. J'aurais voulu arriver lisse et jeune dans un monde nôtre et ensemble édifier.

I- Explication des mots difficiles :

Dialectique : Adjectif, méthode de raisonnement à analyser la réalité en mettant en évidence les contradictions de celle-ci tout en cherchant à les dépasser.

Eprouvette : Nom féminin, instrument à l’aide duquel on vérifie la qualité d’une chose.

Tactile : Adjectif, être sensible au toucher.

Vestibulaire : Adjectif, qui se rapporte à la cavité de forme irrégulière qui fait partie du labyrinthe de l’oreille.

Cinesthésique : Adjectif, ensemble d'impressions de joie ou de peine manifestées non par les appareils sensoriels, plutôt par les vibrations des parties du corps.

Chiquenaudait : Verbe qui consiste à donner un coup par la contorsion des doigts. Dans ce texte, veut dire ressentir psychologiquement un coup, c'est-à-dire avoir la sensation d'être heurté.

Evanescent : Adjectif, avoir la susceptibilité de disparaître, de ne pas avoir existé dans une situation donnée.

II- Situation du texte ?

Ce texte est extrait de l’ouvrage intitulé ‘’Peau noire, masques blancs’’ paru en 1956 aux éditions du Seuil. L’œuvre représente une étude approfondie de l’aliénation de l’homme de couleur.

Son auteur Frantz Fanon est né en 1925 à Fort de France dans les Antilles. Après avoir servi dans les rangs de l’armée de libération Française en 1943, de retour à la Martinique il obtient une bourse militaire qui le conduira à Lyon pour poursuivre ses études en médecine.

A la fin de sa scolarisation, il est renvoyé en Algérie pour servir en tant que Médecin chef. Mais il renoncera à sa profession pour s’engager au compte du Front de Libération National (FLN) à partir des années ‘’50’’.

Victime de leucémie, il décèdera au Etats-Unis en 1961 laissant derrière lui un héritage dont les Damnés de la terre 1961, ‘’Peau noire. Masques blancs’’ en 1952, l’An V de la révolution algérienne’’ en 1959.

III- Questions de compréhension

1.De quoi l’auteur nous parle dans ce texte ?

Fanon dans ce texte nous évoque la condition d’existence du nègre sous l'effet de la perception du monde blanc sur l'homme de couleur. Outre, il fait un exposé à la fois de la schématisation corporelle et épidermique.

2. Ce texte peut se subdiviser en combien de partie ?

Ce texte peut se subdiviser en deux grandes parties :

« Et puis ... un supplément. » la schématisation corporelle.

Dans cette partie l'auteur décrit plus ou moins l'attitude corporelle ou l'indispensable attitude physique que le nègre doit adopter pour paraître un homme.

« Tiens ... édifier. » la schématisation épidermique.

Dans cette partie, il évoque le poids du nègre dans le milieu occidental suscitant par métaphore un vide. Il doit par ailleurs changer la couleur de sa peau pour exister.

3.Expliquez la phase : « Dans le monde blanc, l’homme de couleur rencontre des difficultés dans l’élaboration de son schéma corporel »

L’aliénation du Nègre étant tributaire des théories racistes promulguées par le blanc, le Nègre aliéné a du mal à reconnaitre son humanité ; car les caractéristiques présentées par le blanc fond de lui un être inférieur, habilité à se parfaire pour être un homme véritable à travers des méthodes de dénégrification dont l'adoption des attitudes du blanc et la transformation de la couleur de peau.

4.Pourquoi l’auteur éprouve-t-il le désir d’« être un homme parmi d’autres hommes » ?

La présence de Fanon dans le milieu métropolitain lui a conduit à saisir le racisme flagrant. En tant que Nègre autour des blancs, il a donc l’impression de ne pas exister, puisqu’il représente un vide à l’égard du blanc. C’est donc face à cela qu’il désire « être un homme parmi d’autres hommes ». C’est-à-dire parmi les blancs.

VI- Synthèse :

Ce texte met en évidence la situation du Nègre résidant dans le milieu occidental, qui avait une peine énorme à s’intégrer dans ce milieu en tant qu’être humain au même titre que le blanc ; car pour l'être il doit non seulement adopter les attitudes du blanc, mais aussi changer la couleur de sa peau.

 

 


2022-12-06 16:05:19 / saoudatoudiallo67@magoe.gn

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