A) La vérité se détermine par elle-même

  • Spinoza, dans son Éthique, conteste la notion générale de vérité comme adéquation du mot (ou de l’idée) et de la chose - qui était la définition de la vérité par la référence : en effet, comment peut-on prétendre vérifier une telle adéquation, sinon par une autre idée ? L’adéquation conduit à une régression à l’infini.
  • En ce sens, il n’y a pas d’idée fausse, seulement des idées incomplètes. Lorsque je dis que la lune est de la même taille que le soleil, c’est juste qu’il manque quelque chose à ma connaissance de la lune : mon idée de la lune est incomplète. Mais elle n’est pas « fausse » : il est vrai que quand je perçois la lune, je la vois de la même taille que le soleil. C’est simplement que j’interprète mal cette perception (je crois qu’elle est complète, fidèle, alors qu’elle est incomplète)
  • La vérité est ainsi une exigence fondamentale de l’esprit, qui se doit d’être attentif à lui-même, à ses propres idées, pour atteindre le vrai et ainsi comprendre la nécessité des choses, ce qui est sa vocation principale.

B) Un idéal moral et humain (l’allégorie de la caverne chez Platon)

  • La connaissance de la vérité n’est pas un souci purement intellectuel. Pour de nombreux penseurs, c’est la vocation de l’homme, sa nature et même une condition de son bonheur.
  • Platon utilise ainsi la fameuse « allégorie de la caverne » pour décrire l’effet de l’éducation à la vérité sur un esprit qui, à l’origine, y sera récalcitrant.
  • L’allégorie évoque des hommes qui, tous, sont enfermés dans une caverne depuis leur naissance, persuadés que les ombres qu’ils voient sur les murs était la vérité. Lorsqu’on arrache l’un de ceux-ci à sa condition, il résiste dans un premier temps. Lorsqu’il découvre enfin la vérité (symbolisée par le soleil et sa lumière à l’extérieur de la caverne), il en tire une telle jouissance qu’il refusera de descendre retrouver ses anciens compagnons. Mais le destin de celui qui découvre la vérité est de retourner vivre parmi les hommes, et de vouloir les entraîner à découvrir aussi la lumière.
  • Pour Platonsavoir la vérité c’est remonter depuis les êtres sensibles (vous, moi, tel chien, tel arbre, etc.) jusqu’aux idées parfaites dont chaque chose que nous percevons n’est qu’une image imparfaite (l’humain en soi, l’arbre en soi, le chien en soi, etc.). Le savoir se distingue donc de l’opinion, qui est juste une habitude de penser d’après les apparences du sensible, sans remonter jusqu’aux idées.

C) Un outil de domination (Nietzsche)

  • La vérité n’est pas seulement une qualité du discours, c’est aussi un pouvoir.
  • Alors que la réalité n’est pas monolithique, immuable ou universelle, on peut se demander si proclamer une vérité fixe et universelle n’est pas un moyen de s’assurer une domination durable sur les esprits plus faiblesNietzsche affirme que l’homme possède un « instinct de vérité » qui aboutit paradoxalement à l’illusion de disposer d’un jugement fixé sur les choses. Notre langage, en effet, est essentiellement constitué d’images, de métaphores, de signes imparfaits : il « n’est » pas la vérité, c’est là que réside l’illusion. Mais l’homme a le devoir de dire le vrai par le langage : pour Nietzsche, cela revient à lui imposer un devoir de mentir. Mais le paradoxe est que c’est justement à travers ce mensonge que l’homme parvient au « sentiment de la vérité », qu’il s’élève à une certaine idée de ce que signifie « dire le vrai ».

2020-06-24 09:04:40 / mazoughou@magoe.gn

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