A) Vérité et subjectivité
- L’idéal de vérité se heurte à de nombreuses objections, dont celle de la subjectivité. Puisque je ne peux pas sortir de moi-même, comment puis-je m’assurer que ce que je considère comme vrai n’est pas largement influencé par ma propre constitution subjective ?
- Le scepticisme modéré de Hume s’appuie sur le constat que toutes nos connaissances sont en réalité des perceptions. Ainsi, il faut redéfinir ce que l’on appelle vérité : ce n’est pas connaître réellement ce que sont les choses, mais adapter nos jugements à ce que nous avons l’habitude d’observer. En d’autres termes, ne pas prétendre connaître la réalité brute, mais la réalité telle que nous pouvons l’observer, ce qui fait une grande différence.
- La vérité peut aussi être définie comme une simple validité logique : ce n’est plus une conformité à une essence ou à une réalité, mais la cohérence d'un certain système de pensée. La vérité, c’est un ensemble rigoureux réunissant un principe ou une hypothèse et ce qui en est déduit.
B) La vérité et la liberté
- On peut penser que détenir la vérité garantit la liberté, parce qu’elle nous délivre de l’illusion. Mais les critères retenus pour juger de cette vérité sont parfois contestables.
- C’est le cas du critère de clarté ou d’évidence. En effet, considérer qu’une vérité se manifeste à nous sous le jour d’une évidence irrésistible, c’est courir le risque d’être passif face à la vérité. La vérité, paradoxalement, peut éteindre le souci d’analyse ou l’esprit critique. C’est l’une des raisons pour lesquelles Leibniz préfère la notion d’examen analytique à celle d’évidence.
- Ainsi, mieux vaut tolérer les erreurs de la raison plutôt que de transmettre des vérités considérées comme acquises et évidentes. C’est donc par essai et erreur, plutôt que par l’assimilation directe et passive d’une vérité « définitive » que l’on progressera dans le sens du savoir, et pas de la simple opinion.
C) La vérité en mouvement
- L’esprit critique, l’erreur, l’approximation et le dialogue sont aussi fondamentaux dans le développement de l’intelligence que la vérité elle-même. Pour certains auteurs, il est même possible que la vérité ne se manifeste pas sous la forme d’évidences figées, mais que la contradiction en fasse essentiellement partie.
- Hegel a insisté sur la nature dialectique du vrai : on ne peut saisir de vérité si l’on ne prend pas en compte « la patience du concept », c’est-à-dire l’enchaînement de vérités et de contre-vérités qui ont structuré notre rapport au réel. La vérité ne peut pas se passer de l’histoire du processus qui conduit à elle : la partialité, la contradiction et l’incomplétude sont des éléments sans lesquels on ne peut pas saisir le vrai.
- Dans le même esprit, Bergson insiste sur le caractère non-exact de la vérité : notre intelligence est conceptuelle, elle fonctionne en appliquant des concepts généraux à la complexité du réel. Mais il y a des réalités peu adaptées aux concepts, qui ne peuvent se saisir qu’à travers d’autres formes de discours, comme la métaphore. Dans ce cas, il arrive qu’une image ou une métaphore soient plus fidèles à la vérité des choses que n’importe quel discours qui viserait l’exactitude.
2020-06-24 09:04:40 / mazoughou@magoe.gn
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