A) Définitions

  • La vérité est une qualité généralement attribuée à un énoncé ou à une connaissance. Ceux-ci sont dits « vrais » lorsqu’ils sont en conformité avec la réalité qu’ils décrivent.
  • De façon plus générale, la vérité est la connaissance juste en elle-même, voire l’objet de cette connaissance, la réalité connue. On parle ainsi de « posséder » ou « d’atteindre » la vérité.

B) La référence

  • Intuitivement, on considère que la vérité désigne l’adéquation entre une phrase ou une idée et la réalité à laquelle elle se réfère. On parle de vérité de référence, ou d’« adéquation entre le mot et la chose ».
  • C’est notamment cette notion de référence qui fonde la distinction entre « objectivité » et « subjectivité » :
    • un discours parfaitement conforme à la chose qu’il décrit, sans qu’interviennent les goûts ou les préférences du sujet particulier qui le prononce, est un discours objectif ;
    • le discours subjectif relève du sujet individuel : ce sont ses goûts, son caractère particulier qui peuvent y être lus. On peut également parler de sujet au sens universel : on peut parler d’un sujet en général (par exemple en disant que la perception d’une chose dépend du point où se trouve le spectateur) ; cela sera donc subjectif, parce que cela parlera du sujet, et vrai, puisque cela sera vrai dans toutes les situations.
  • Il faut confronter les termes de « vérité » et d’« opinion » : une opinion est une affirmation (une « thèse ») que l’on admet sans véritable examen. Ce peut être quelque chose que l’on admet par habitude ou par confiance ; une opinion n’a jamais été examinée, remise vraiment en question.
  • Cependant, une opinion peut être vraie, même si l’on ignore comment sa vérité est acquise et démontrable. Par exemple, tout le monde sait que « la Terre tourne autour du soleil » et non l’inverse, ce qui est vrai. Mais très peu de gens seraient capables d’expliquer pourquoi cela est vrai, ou comment il est possible de le démontrer en observant le ciel depuis la surface de la Terre.
  • Pascal fait une distinction entre le signe et la chose. Quand on parle de la vérité comme référence, on veut dire qu’il y a au moins deux éléments : un signe (qui peut être un symbole, une idée, un mot, un son, etc.) et une réalité (n’importe quoi dont il est possible de parler). La vérité se produit lorsque signe et réalité se rejoignent. Mais ce n’est pas toujours le cas : un signe peut être peu adapté à ce qu’il désigne. Par exemple nous avons une idée du soleil, un mot « soleil » qui possède une définition : mais ces signes peuvent être très différents du soleil réel. Ainsi Pascal fait une différence entre la définition de nom (« Soleil : astre du jour ») et la définition de chose (qui serait la définition recherchée par un astronome).

C) L’évidence et l’exactitude

  • La notion de référence est facile à saisir pour les vérités empiriques. Mais quel critère retenir pour affirmer des vérités théoriques, qui n’ont pas de référent direct dans l’expérience ? Par exemple, « tout triangle possède des angles dont la somme est égale à 180° » - sachant qu'on ne fera jamais l’expérience de TOUS les triangles possibles.
  • Descartes propose de répondre à ce problème par la notion d’évidence : l’évidence est un sentiment en moi qui m’assure de la vérité de ce que je pense, parce que je me sens incapable de considérer cette pensée comme fausse. On ne peut remonter au-delà de l’évidence, c’est un principe.
  • L’évidence est cependant un champ très large. Descartes réserve le statut de vérités certaines aux idées « claires et distinctes » : ce que nous concevons « clairement et distinctement » (comme le résultat d’une opération mathématique) est vrai.
    • Une douleur est évidente ou claire, mais confuse : une idée peut être claire sans être distincte et non l’inverse.
    • Une idée qui n’est pas claire est obscure, une idée qui n’est pas distincte est confuse. En revanche un théorème mathématique ou l’affirmation « je suis une chose qui pense » sont clairs et distincts.
  • L’erreur est, en ce sens, avant tout un produit de l’inattention : si l’on se trompe, c’est soit que l’on n’a pas été assez attentif à ce qui était clair et distinct, soit parce que l’on a pris quelque chose de confus pour quelque chose de clair et distinct. Ma volonté - infinie - a pris le pas sur mon entendement - fini - alors que je n’étais pas certain de ce dont je parlais. Ma volonté m’a poussé à parler sans savoir : je n’ai pas su contenir ma volonté dans les limites de mon entendement. Je suis radicalement responsable de mes erreurs.
  • Il faut bien distinguer l’erreur et l’illusion : même lorsque l’on a découvert les causes d’une illusion, elle persiste (ex. : l’illusion d’optique), tandis qu’une erreur corrigée disparaît.

D) La confiance et le mensonge

  • Il faut bien distinguer les plans : le vrai peut s’opposer au faux sur le plan de la connaissance et sur le plan moral avec le problème du mensonge. Le premier mensonge réussi de l’enfant prouve qu’il fait la différence entre ce qu’on dit et ce qui est, qu’il ne prend pas le langage pour les choses.
  • Enfin, la vérité joue un rôle majeur dans les rapports humains. La simple possibilité de mentir prouve que nous attendons d’autrui une forme de sincérité. La sincérité ou véracité désigne l’intention de dire la vérité, l’absence de volonté mensongère. Cf. Kant : si je mens, j’affirme que tout un chacun doit dire la vérité sinon je ne peux être cru. Je fais comme si j’étais la seule personne autorisée à ne pas dire la vérité, c’est une attitude incohérente moralement et logiquement.
  • Rompre la confiance des hommes envers le discours est l’une des pires fautes que l’on puisse commettre. John Stuart Mill affirme que celui qui rompt la confiance en la parole humaine est l’un des pires ennemis d’un peuple civilisé.
  • Kant considère le mensonge comme un interdit moral catégorique, sans exception possible. Il n’y a pas de « pieux mensonge », de mensonge pour faire le bien ou éviter le mal, même dans les cas extrêmes.

2020-06-24 09:04:40 / mazoughou@magoe.gn

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