Le terme métaphysique provient du grec “meta”, qui veut dire “après”, et “physis”, qui signifie nature. Donc littéralement, la métaphysique vient après la physique, au sens chronologique.
La philosophie occidentale prend naissance en Grèce aux VIe et Ve siècles av. J.-C. C'est une investigation rationnelle du cosmos (ou monde comme totalité ordonnée), mettant à distance - sans les renier pour autant - les explications mythiques de la tradition religieuse polythéiste grecque, dont Homère et Hésiode sont les éminents représentants.
Une telle investigation rationnelle signale l'émergence du souci d'explication scientifique du monde, dans sa totalité comme dans ses parties. En ce sens, science et philosophie sont une seule et même activité, manifestant la puissance et l'autonomie de la raison humaine.
C'est dans ce sillage de la philosophie grecque des VIe et Ve siècles que se constitue la métaphysique. Platon (428-347 av. J.-C.), élève de Socrate (470-399 av. J.-C.), élabore par écrit la première grande pensée métaphysique occidentale. Toutes les métaphysiques ultérieures peuvent y être référées, comme à leur source originaire.
Ainsi le philosophe contemporain Heidegger (1889-1976) déclare que, depuis le Ve siècle av. J.-C., toute la philosophie occidentale est en son fond platonisme, c'est-à-dire pensée métaphysique modelée par la pensée platonicienne.
Sens antique de la méta-physique
La métaphysique, chez les Grecs, désigne la connaissance des causes première et des principes des choses. C’est pourquoi jusqu’à Kant et la Critique de la Raison Pure, le problème majeur de la métaphysique est celui de l’existence de Dieu et de sa nature.
Au moyen-âge, la métaphysique scolastique se présente explicitement comme la servante de la théologie. Mais à partir de la Renaissance, époque marqué par la naissance des sciences modernes, le problème de la métaphysique devient celui de l’existence du monde extérieur. De Descartes à Kant, la métaphysique cherche à comprendre comment les créations de notre esprit peuvent s’appliquer à notre monde.
La métaphysique moderne :
La métaphysique moderne, dont Fichte est l’initiateur, se recentre sur l’homme. Elle ne traite pas seulement de l’homme en tant que sujet connaissant, mais comme sujet agissant, engagé dans le monde et dans l’histoire humaine. Le problème de l’homme est donc à la fois celui de sa nature profonde (métaphysique de l’existence), celui de ses relations avec autrui (éthique, philosophie de l’intersubjectivité), et celui du sens de l’histoire (historicité). Heidegger, dans Etre et Temps, est le représentant moderne de cette nouvelle approche de la métaphysique.
Le platonisme ou la mise en place des traits caractéristiques de la métaphysique occidentale
Platon héritier des philosophes présocratiques (Héraclite, Parménide) d'une part, et, d'autre part, disciple de Socrate (mort en 399 av. J.-C.) met en place une série de distinctions formant un ensemble cohérent et caractéristique.
a. La distinction de deux plans de réalité
- Le plan sensible
C'est le plan des existences sensibles, soumises à la naissance, à la mort, au changement, au Temps. - Le plan intelligible
C'est le plan des essences, c'est-à-dire des réalités immuables, intemporelles, éternelles.
b. La distinction de l'âme immortelle et du corps mortel
Dans cette perspective, il y aurait, d'une part, une réalité perçue par les sens, c'est-à-dire par le corps, et, d'autre part, une réalité perçue par l'âme, c'est-à-dire saisie par la raison seule.
Cette distinction va de pair avec la valorisation de l'activité rationnelle, autrement dit de l'activité de l'âme. La nature de l'âme et la nature du corps sont radicalement différentes ; en effet, seule l'âme est en mesure, du fait de sa nature divine, d'échapper à la mort.
Socrate, dans l'ouvrage de Platon intitulé le Phédon, explique à ses disciples que, l'âme étant immortelle, le philosophe n'a pas à redouter la mort.
Ainsi est décrit, pour les siècles à venir, le sage métaphysicien : il ne craint pas la mort physique, aspire à la liberté spirituelle, et lutte, pendant son existence d'homme, pour inscrire dans le monde humain la vérité philosophique.
c. La distinction de la science et de l'opinion
Par l'entremise du corps et des jugements liés au corps, l'homme n'accède jamais à la vérité pleine et entière. Il n'atteint que l'opinion : savoir instable, subjectif, approximatif, bref, relatif et trompeur.
Pour constituer la science, l'être humain doit s'élever jusqu'à la connaissance des essences. Cette élévation nécessite d'exercer l'âme à se libérer des entraves du corps et des préjugés liés aux impressions sensibles. L'activité philosophique met en évidence un tel effort.
d. La distinction entre passions et raison
Le métaphysicien contrôle ses émotions et ses passions, met à distance les désirs impérieux du corps, et s'exerce, sa vie durant, à cultiver la puissance de son âme : la raison doit l'emporter sur les passions et le jugement vrai sur les préjugés.
La métaphysique implique donc non seulement une recherche de la science comme savoir vrai, mais aussi une volonté de perfectionnement moral, de maîtrise de soi.
3. La métaphysique en question
Toutes ces distinctions métaphysiques seront mises en cause, au sein même de la culture occidentale, tant par des philosophes que par des hommes de science. Notons particulièrement quelques grandes contestations.
Emmanuel Kant (1724-1804) dénoncera l'illusion d'une connaissance humaine par « raison pure » : raison qui, selon les métaphysiciens, serait capable, sans recours à l'expérience sensible, de connaître les essences. Il conteste l'idéal métaphysique issu du platonisme et effectue l'examen critique du pouvoir de la raison humaine.
Auguste Comte (1798-1857), impressionné par la puissance des sciences et par les réalisations qu'elles permettent, déclare que la métaphysique est dépassée, révolue. Connaître ne consiste pas à saisir les essences, mais à repérer, ordonner, et systématiser les lois qui régissent les faits. La connaissance scientifique remplit cette fonction. La philosophie ne disparaît pas pour autant : au philosophe métaphysicien se substitue le philosophe épistémologue. Il porte sa réflexion sur les principes, méthodes et concepts présents dans le champ scientifique.
Friedrich Nietzsche (1844-1900), faisant le procès de la rationalité tant grecque que chrétienne, contestera avec virulence toutes les valeurs spirituelles et morales léguées par la métaphysique. Sa dénonciation de tous les idéaux métaphysiques comme autant de préjugés au service d'une volonté de puissance maladive jettera la suspicion sur l'édifice entier de la culture occidentale. Il montre l'importance du langage dans l'édification du réseau des argumentations métaphysiques. Cette philosophie marque de son empreinte la pensée contemporaine.
2020-05-14 03:51:36 / mazoughou@magoe.gn
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