On entend par « philosophie moderne » celle qui s'étend sur ce que les historiens appellent l'époque moderne (1492-1789). Cette philosophie est, d'une part, l´héritière de la pensée antique en bien des points. Les auteurs modernes sont loin d'avoir rompu tout lien avec la philosophie des Anciens ; ils les connaissaient au contraire parfaitement, et leur ont parfois emprunté leur vocabulaire. Mais d'autre part, les Modernes ont souvent conçu leur propre travail comme une amélioration de ce que les philosophes de l'Antiquité avaient déjà accompli, ce qui les conduisit parfois à s'opposer à ces derniers.

Cette volonté de reprendre la philosophie des Anciens pour l'améliorer apparaît dès la Renaissance, à travers le mouvement humaniste. Elle se poursuit au xviie siècle, où la science moderne fait son apparition, et où les grands philosophes sont aussi souvent des savants dans le domaine scientifique (DescartesPascal, Leibniz) ; ce sont alors les grandes approches de la connaissance qui distinguent les deux courants majeurs que forment le rationalisme (Descartes, Leibniz) et l'empirisme (HumeLocke). Pendant la même période, la philosophie politique moderne se développe, en partant de l'homme tel qu'il est, plutôt que de ce qu'il devrait être (MachiavelHobbesSpinoza).

Mais la philosophie moderne comprend aussi, dès la fin du xviie siècle, la philosophie des Lumières, attachée à dissiper les ténèbres de l'obscurantisme et de l'ignorance pour faire triompher la raison et éduquer les peuples, notamment à travers le projet encyclopédiste (D'AlembertDiderot), mais aussi en dessinant une philosophie politique qui privilégie la démocratie, la tolérance et la souveraineté du peuple (SpinozaLockeRousseauVoltaire). Cette philosophie politique donnera naissance au républicanisme et au libéralisme.

Renaissance

Michel de Montaigne (1533-1592), l'un des plus grands penseurs humanistes de la Renaissance.

La Renaissance, qui s'étend en Europe du xive au xvie siècle, est une période marquée par d'importantes nouveautés scientifiques, techniques et politiques (grandes découvertes, invention de l'imprimerieréformes religieuses, etc.), qui vont changer les conditions de vie mais aussi les modes de transmission des connaissances. C'est en partie ce qui explique que cette époque se caractérise d'abord, sur le plan littéraire et philosophique, par un vaste courant de réappropriation des auteurs anciens, qui place au centre de ses préoccupations l'acquisition du savoir pour que l'être humain développe pleinement ses facultés : il s'agit de ce qu'on appelle l'humanisme.

Ainsi, la connaissance et l'étude des auteurs grecs et latins se répand et imprègne fortement les philosophes de l'époque, en Italie d'abord (PétrarqueÉrasmePic de la Mirandole), puis dans le reste de l'Europe (Francis Bacon en Angleterre, RabelaisBudé puis Montaigne en France). C'est l'occasion d'un renouveau des réflexions sur la culture, l'éducation et la politique. On assiste parallèlement à un renouveau du néoplatonisme, parfois influencé par l’ésotérisme, avec Nicolas de Cuse et Jacob Boehme en Allemagne, Marsile FicinPic de la Mirandole et Giordano Bruno en Italie.

Montaigne, dans ses Essais, qui auront une grande influence sur la postérité, se réclame du scepticisme des Anciens, et professe un relativisme culturel nourri à la fois par l'observation de son époque et par la lecture des auteurs grecs et latins ; en outre, sa pensée est marquée par un pessimisme en matière de possibilité, pour l'humanité, de parvenir à des connaissances certaines. Sur cette question, Francis Bacon montrera, dans son Novum Organum, l'importance fondamentale de l'expérience pour établir des connaissances solides, ce qui en fait un précurseur du mouvement empiriste qui prendra une importance majeure au xviie siècle

La philosophie politique de Machiavel (particulièrement dans Le Prince) inaugure l'époque moderne en proposant des réflexions réalistes, sans illusion sur la nature humaine, et parfois considérées comme représentatives du républicanisme qui animera les penseurs des Lumières. La philosophie juridique de Grotius a également jeté les bases du droit international à travers son étude du droit naturel.

xviie siècle

En ce qui concerne la théorie de la connaissance, il est d'usage depuis Kant d'opposer deux grands courants : le rationalisme (avec Descartes, Leibniz et Spinoza) et l'empirisme (Locke, Berkeley, Hume). De façon très schématique, les « rationalistes » affirment l'existence d´une connaissance indépendante de l'expérience, purement intellectuelle, universellement valable et indubitable, dont le modèle se trouve dans les mathématiques. Les empiristes, eux, mettent l'accent sur le rôle de l'induction et de l'expérience sensible : ils insistent ainsi sur la manière dont nos idées dérivent de l'expérience, ou doivent y être rapportées. Ce sont parfois aussi des sceptiques (comme Hume) qui affirment qu'il n'existe aucune connaissance universellement valable, mais seulement des jugements nés de l'induction, que l'expérience pourra réfuter.

 


2020-05-14 03:51:36 / mazoughou@magoe.gn

0 commentaires

Votre impression compte aussi