Thème : La littérature africaine

Sous/thème : le procès du colonialisme

Titre : L’injustice sociale

S/titre : La dépossession

Texte d’étude : ‘’Enfant ne pleure pas’’ Ed. Hatier 1983 N’Gugi wa Thiongo’.

Objectif du cours : ce cours vise à faire une illustration de l’injustice sociale à laquelle était victime le peuple africain.

Intérêt : Il permet aux élèves de mesurer le degré de l’injustice, sociale à travers la spoliation des meilleures terres.

Activité d’apprentissage : Interaction

Texte d’illustration :

Il y avait quelque chose d'étrange dans les yeux de Ngotho. On aurait dit qu'il avait totalement oublié ceux qui était là, Kamau, Njoroge, Boro, Kori et beaucoup d'autres jeunes gens et jeunes filles qui étaient venus écouter des histoires pour raccourcir la nuit. C'était comme s'il dévoilait un secret pour la première fois, mais qu'il ne le dévoilait qu'à lui-même. Boro était assis dans un coin. On ne pouvait voir l'expression de son visage. Pas une fois il ne bougea, mais il gardait le regard fixé au-delà de son père. On aurait dit que Boro et Ngotho se souvenaient tous deux des temps lointains ou ces choses avaient du lieu.

(...) « ... Je suis vieux maintenant, mais moi aussi autrefois, tandis-que je marchais et que je dormais, ne me posais cette question. Je me disais : Qu'est-il advenu, O Murungu, de la terre que tu nous a donnée ? Où est partie, O Créateur, notre terre promise ? Parfois je voulais crier ou frapper le mon corps pour éloigner la malédiction qui nous avait ôté les terres de nos ancêtres. Je demande : As-tu laissé tes enfants nus, O Murungu ?

« Eh bien, voici la réponse. Il y a eu une grande sécheresse envoyée sur la terre par des méchants qui devaient être jaloux de la prospérité des enfants de Dieu. Mais peut-être aussi que les enfants de Mumbi avaient oublié de brûler des offrandes à Murungu. Alors il n'a pas versé ses larmes bénies qui font pousser les récoltes. Le soleil a tout brûlé. La peste s'est installée sur la terre. Le bétail est mort et les gens se sont rabougris. Comme Mugo wa Kibiro, le prophète kikuyu d'autrefois, l'avait prédit, l'homme blanc est arrivé. Il vint su pays des collines, loin d'ici. Mugo avait annoncé aux gens la venue de l'homme blanc ; il avait prévenu la tribu. Donc, l'homme blanc est venu et il a pris la terre. Mais, au début, il n'a pas tout pris.

« Puis la guerre est arrivée. C'était la première grande guerre. J'étais jeune alors, un simple garçon, bien que je fus circoncis. On nous enrôla tous de force. Nous avons fait des routes et défriché la forêt pour permettre aux combattants blancs de se déplacer plus rapidement. La guerre s'acheva. Nous étions tous fatigués. Nous sommes retournés à la maison, épuisés mais prêts à recevoir ce que les Britanniques voudraient bien nous donner en récompense. Mais nous souhaitions plus encore retourner à la terre et nous en occuper afin qu'elle produise. Nous ne voulions plus détruire, mais créer. Mais Ngo ! La terre était partie ! Mon père et beaucoup d'autres avaient été expulsés de la terre de nos ancêtres. Le pauvre homme est mort solitaire attendant que parte l'homme blanc - Migo avait dit que celui-ci partirait un jour - mais il n'est pas parti et mon père est mort Muhoi sur cette terre où nous sommes. Elle appartenait alors à Chahira, avant qu'il ne la vende à Jacobo. J'ai grandi ici, travaillant ... ( Ngotho parcouru du regard le cercle des visages silencieux puis poursuivit ) ... travaillant sur la terre qui appartenait à nos ancêtres. »

- Vous voulez dire la terre que cultive Hawlands ? La voix de Boro était brisée mais claire.

- Oui, cette terre là même. Mon père me l'a montrée. J'ai travaillé sur cette terre moi aussi, attendant que s'accomplisse la prophétie.

- Et croyez-vous qu'elle s'accomplira jamais ? demanda Kori pour rompre le silence qui avait suivi la réponse de Ngotho.

- Je ne sais pas. Un jour, dans le pays des collines où les vallées et les collines sont couchées côté à côte, un homme s'est levé. Les gens ont pensé que c'était celui qui avait été envoyé pour chasser l'homme blanc. Mais il a été tué par de mauvaises gens parce qu'il disait que nous devions tous nous unir. J'ai attendu que la prophétie s'accomplisse. Peut-être ne s'accomplira-t-elle pas de mon vivant, mais, O Murungu, j'aimerais que cela soit possible !

Quelqu'un toussa. Puis ce fut le silence. Dans un coin, un jeune homme essaya de faire une plaisanterie à propos de la venue de l'homme blanc et sur ce que l'on pensait de sa peau. Personne n'y fit attention. Il rit tout seul. Pour Njoroge, ce fut une surprenante révélation d'apprendre que la terre occupée par M. Hawlands leur appartenait à l'origine.

Boro pensa à son père qui n'avait participé à la guerre que pour se retrouver dépossédé, puis il pensa à sa propre guerre, celle contre Hitler. Il était allé jusqu'en Égypte, à Jérusalem et en Birmanie. Il avait vu bien des choses. Il avait souvent échappé de peu à la mort. Mais ce qu'il ne pouvait oublier, c'était la mort de son demi-frère, Mwangi. Lui, pour qui ou pour quoi était-il mort ?

La guerre achevée, quand Boro, qui n'était plus un enfant mais un homme avec des idées et de l'expérience, était rentré chez lui, ça avait été pour découvrir que pour lui il n'y aurait pas de travail. Il n'y avait pas de terre sur laquelle il aurait pu s'établir, même s'il en avait eu la capacité. En écoutant cette histoire, tout cela lui revenait en mémoire avec une colère grandissante. Comment ces hommes avaient-ils pu laisser l'homme blanc occuper leurs terres sans réagir ? Et qu'est-ce que c'était que cette croyance superstitieuse en une prophétie ?

Il souffla, dans un murmure qui retentit comme un cri :

« Au diable, la prophétie ! »

Oui, ça n'avait rien été qu'un murmure. Il s'adressa à son père : « Comment pouvez-vous continuer à travailler pour un homme qui vous a pris votre terre ? Comment pouvez-vous continuer à le servir ? »

I. Explication des mots :

Murungu : signifie Dieu en langue Kikuyu

Mumbi : Dans la genèse Kikuyu, la première femme.

N’Go : tu n’auras rien (l’expression s’accompagne d’un claquement).

II. Situation du texte :

Ce texte est extrait de l’ouvrage intitulé ‘’Enfant ne pleure pas’’ publié en 1982, par les éditions Hatier. Son auteur N’Gugi Wa Thiongo est né en 1938 au Kenya. Professeur et Directeur de ‘’l’International center for writing translation’’ à l’université de Californie à Irvine. Il est également auteur de plusieurs ouvrages dont : ‘’La danseuse d’ivoire et autres nouvelles’’ en 2011, ‘’Pour une Afrique libre’’ 2017.

III. Question de compréhension :

1.De quoi l’auteur nous parle dans ce texte ?

Dans ce texte, N’Gugi nous parle de la dépossession des terres qu’éprouvent du peuple Kikuyu par les blancs.

2.Quels sont les sentiments que rappellent N’Gotho et Boro ?

Ils éprouvent une sensation pitoyable et désirent tous récupérer leurs terres.

3.Qu’est-ce qui oppose la nouvelle génération à l’ancienne ?

La nouvelle génération s’oppose à l’ancienne sur la façon par laquelle elle compte procéder récupérer leur terre. Car les anciens croient à la prophétie et son donc patients, tandis que les jeunes pensent que seule la lutte est susceptible de les rendre justice.

4.D’après le texte, quelle a été la participation des noirs dans les deux grandes Guerres ?

D’après le texte les noirs ont été des soldats de manœuvre, c’est-à-dire des soldats qui font « des routes » pour permettre aux combattants blancs de se déplacer.

VI. Synthèse :

Ce texte illustre la dépossession des terres africaines par les colons lors de la colonisation, et également il met en lumière la disparité entre la nouvelle génération et l’ancienne génération sur la conquête de la liberté.

 


2020-08-13 11:32:32 / finekoumbassa@magoe.gn

0 commentaires

Votre impression compte aussi