La libéralisation et l’accroissement des échanges, la mondialisation des marchés et l’intégration économique des pays ne sont pas sans engendrer d’importants changements, de nature à la fois structurelle et conjoncturelle, en ce qui touche l’organisation et le fonctionnement des États.

   A. Rappel de la notion de développement durable

La notion de développement durable sous-tend, au départ, l'intégration des questions environnementales aux impératifs du développement économique afin de répondre aux besoins immédiats des populations sans pour autant mettre en péril les aspirations des générations futures. Son acception s'est toutefois élargie pour intégrer les idées d'équité et d'interdépendance, non seulement entre les générations, mais entre les pays et les peuples de la Terre. De même, cette notion d'interdépendance s'applique aux environnements social, culturel, économique et naturel, dont le développement harmonieux est essentiel au bien-être de l'humanité et à la nature.

La mise en oeuvre du développement durable ne peut que s'inscrire dans une perspective à long terme. Cependant, son application ne saurait se faire en fonction d'une planification réactive, mais plutôt selon les principes d'une planification et d'une gestion pro-actives et stratégiques. Il est donc indispensable de se doter, à tous les niveaux de participation et de décision, de principes clairs assortis d'objectifs et de mesures précis qui s’inscrivent dans une démarche à long terme et tiennent compte de la capacité d'agir et de payer des pays.

   B. Les conditions fondamentales du développement durable

Bien que le développement durable vise l'intégration des préoccupations sociales et environnementales aux décisions à caractère économique, sa mise en oeuvre nécessite l'adhésion à différents principes généraux que nous pouvons assimiler à des conditions fondamentales de sa réussite. Celles-ci sont ni plus ni moins que les grands principes qui règlent la vie en société et les relations entre les États et les nations. Au nombre de cinq, elles intègrent plusieurs concepts sous-jacents, eux aussi jugés essentiels à la réalisation du développement durable.

      1. Démocratie

Même s'il ne faut pas absolument lier développement durable et démocratie, il n'en demeure pas moins que l'idée de développement durable peut difficilement être véhiculée et appliquée en l'absence de démocratie véritable. En effet, il apparaît difficile de concevoir comment assurer les besoins présents dans une perspective d'équité et sans compromettre l'avenir des générations futures si, en toile de fond, on ne dispose pas des mécanismes et des institutions permettant la participation de tous. Pour paraphraser la Commission Brundtland, qui a si bien lancé la réflexion sur ce sujet, le développement durable n'est-il pas l'affaire de tous et l'avenir de tous?

Ainsi, tout individu, d'où qu'il soit, peut légitimement aspirer à un air et à une eau de qualité, à une nourriture suffisante, à un toit confortable, à un travail gratifiant, tout cela dans une atmosphère de paix et de respect de la différence et de la diversité. En parallèle, il doit pouvoir assurer la protection et la survie de son patrimoine, tant naturel que culturel. Bref, tout être humain jouit d'un droit fondamental à un cadre de vie de qualité et à un environnement sain. Par démocratie, il faut entendre le respect, non seulement des droits individuels, mais aussi des droits collectifs, en particulier ceux des femmes et des premiers peuples, de participer activement et pleinement à la quête d'un développement durable.

      2. Autonomie

Si le développement durable doit se réaliser dans un contexte démocratique, il est aussi nécessaire, dans cette démarche, de respecter l'autonomie des États, des peuples et des ethnies dans leurs choix de développement. Cela ne signifie pas pour autant que les États doivent fonctionner en vase clos. Au contraire, ils doivent adopter une vision globale du développement et de sa planification, en participant activement aux forums et processus à caractère international où sont déterminés de façon concertée les grands objectifs communs de développement durable.

Cela n'exclut pas, non plus, l'établissement de normes environnementales communes à l'échelle internationale, bien que chaque État puisse se doter de normes nationales qui respecteront les grands objectifs communs. Il importe, à cet égard, de respecter un principe selon lequel la protection de l'environnement constitue pour les États une responsabilité commune mais différenciée, dans la mesure où l'élaboration et l'application de ces normes par les pays moins développés respecte, à la fois, leur capacité et leurs limites d'intervenir et d'assumer les coûts afférents, et leurs responsabilités à l'endroit d'un problème environnemental.

En parallèle, il faut reconnaître qu'il existe, dans ces pays, un potentiel certain de compétence et de savoir-faire qui demeure souvent peu exploité en l'absence de structures de soutien appropriées. Interviennent dès lors les besoins accrus d'entraide, de coopération et de transfert du savoir et de « technologies propres », éléments qui découlent directement de cette interdépendance des pays dans la mise en oeuvre d'un développement durable.

     3. Équité

La notion d'équité est au coeur de toute la question du développement durable. Cette notion repose à la base sur la reconnaissance du caractère mondial et commun de l'environnement planétaire et sur la nécessité d'en partager les ressources dans une perspective de pérennité. En matière de développement durable, la question de l'équité doit être transposée à trois niveaux. En effet, il faut viser à établir l'équité au sein des populations ou États, entre les populations ou États et entre les générations.

L'objectif d'équité à l'intérieur même d'une population ou d'un État est essentiellement de combler les besoins de tous et d'améliorer la qualité de vie par le biais d'une meilleure répartition de la richesse. Quoi qu'on en pense souvent, cet objectif ne concerne pas uniquement les pays les plus démunis, mais aussi les sociétés occidentales, où les disparités ont eu tendance à s'accroître au cours de la dernière décennie.

À un autre niveau, les effets néfastes du sous-développement et les disparités évidentes entre les pays développés et ceux qui le sont moins, montrent que le développement durable ne peut se réaliser sans une réduction des écarts entre les pays riches et les pays pauvres, donc sans une lutte acharnée à la pauvreté. C'est d'ailleurs en ce sens que le développement durable ne peut être abordé uniquement dans sa perspective environnementale, surtout dans les pays du Sud, où il doit être atteint par l'accélération du développement.

Enfin, l'un des plus grands défis du développement durable demeure sans doute cet objectif d'équité entre les générations. Dans les termes de la Stratégie pour l'Avenir de la Vie :

Chaque génération devrait avoir à coeur de laisser derrière soi un monde au moins aussi riche et productif que celui dont elle a hérité. Le développement d'une société ou d'une génération ne doit pas s'exercer au détriment de celui des autres sociétés ou générations.

Encore à ce niveau, certains choix de développement devront être faits, choix qui exigeront bien souvent de nouvelles approches, ainsi que des attitudes et des comportements différents.

      4. Interdépendance

Découlant de la notion d'équité, la notion d'interdépendance devient une autre condition fondamentale du développement durable dans la mesure où l'intérêt commun ne peut être respecté que par le biais de la coopération internationale. Avec l'industrialisation, l'amélioration des capacités techniques et la mondialisation des échanges et du commerce, l'interdépendance, même locale, n'a fait que s'accentuer, entraînant son lot de problèmes, comme la perte de droits traditionnels sur certaines ressources et la poussée de la production commerciale, sinon industrielle, avec en corollaire une réduction du pouvoir décisionnel des communautés locales et des individus. Mais, l'interdépendance déborde de son cadre local et régional pour prendre aujourd'hui un caractère mondial, particulièrement en regard des problèmes environnementaux qui affectent la biosphère.

Cette interdépendance des individus et des collectivités exige au départ la reconnaissance de l'intérêt commun face à l'environnement, pour que chaque décision et chaque action soient mises de l'avant en toute connaissance de ses répercussions sur l'environnement et le mieux-être d'autrui. Plus que toute autre chose, l'interdépendance repose sur la capacité d'entraide et de coopération à tous les niveaux d'intervention, de l'échelle locale à l'échelle internationale. Bien que la coopération internationale dans le domaine de l'environnement se soit accentuée au cours de la dernière décennie, il demeure que plusieurs aspects doivent encore être réexaminés et réorientés dans l'optique du développement durable.

     5. Imputabilité et responsabilisation

L'intérêt qu'ont tous et chacun de préserver l'environnement et d’en faire une utilisation durable fait, qu'au départ, tous les États ont la responsabilité de préserver et de restaurer l'environnement et de se développer en conséquence, sans faire de tort à leur propre environnement et à celui d'autrui. Ils doivent donc tous participer activement et être solidaires dans cette cause. Par ailleurs, la notion d'équité, selon qu'elle s'applique aux pays et aux nations ou aux générations et aux individus, suggère que les responsabilités de chacun peuvent être différentes et complémentaires, en fonction des besoins propres à chacun. Ainsi, ces responsabilités pourront varier proportionnellement à l'ampleur des préjudices à l'environnement et selon les capacités de chacun d’intervenir et de limiter ces atteintes. D'autre part, dans le contexte de la mondialisation des échanges et des problèmes d'environnement, il est primordial que l'on puisse lier les bénéfices économiques et les répercussions environnementales d'une activité commerciale donnée, de sorte que les responsabilités de chaque intervenant soient reconnues, c'est-à-dire que chacun soit imputable de ses actions. Certains ont soutenu que la question de l'imputabilité et, par le fait même, de la responsabilisation de tous et chacun, peut assurer une certaine redistribution des bénéfices dans la mesure où des compensations peuvent être établies, par exemple pour l'usage des ressources naturelles ou pour les impacts subis par l'environnement. C'est peut-être par une telle voie que les pays plus nantis peuvent davantage contribuer au développement durable des pays moins nantis et prendre une part active dans la résolution des problèmes d'environnement.

La responsabilité collective et individuelle de gérer durablement l'environnement et les ressources naturelles doit tenir compte à la fois des générations actuelles et des générations futures. Privilégier la responsabilisation des intervenants, c'est en même temps encourager le principe d'intendance, c'est-à-dire compter sur un représentant des générations actuelles et futures qui agit comme le « gardien » des ressources naturelles et de l'environnement.

      6. Éducation, formation et sensibilisation

La réalisation du développement durable dépend non seulement de questions techniques et économiques, mais aussi de la modification des idées, des attitudes et des comportements. La participation directe des individus et des collectivités est essentielle. Tous et chacun doivent prendre pleinement conscience de leur environnement, en connaître les exigences et les limites et modifier leurs habitudes et comportements en conséquence.

Pour ce faire, les États doivent, de leur côté, élaborer des stratégies visant à mieux éduquer, informer et sensibiliser leur population en matière de développement durable.

LES PARLEMENTAIRES ET LE DÉVELOPPEMENT DURABLE

Les parlementaires côtoient de près la réalité quotidienne de leurs électeurs. Ils possèdent donc une vision plus réaliste, plus micro-économique, du développement, qui leur permet de mieux en cerner les limites parce qu’elle tient compte des personnes plutôt que des structures. C’est principalement ce lien étroit avec les commettants, cette place précise qu’ils occupent entre la population et le pouvoir décisionnel, qui font que les parlementaires peuvent jouer un rôle de premier plan dans la mise en oeuvre du développement durable.

On peut considérer que les parlementaires remplissent trois fonctions distinctes, à savoir :

  • celle de courroie de transmission, d’intermédiaire, entre la population et les décideurs;
  • celle d’agent d’information, de concertation et de médiation en matière de développement durable; et
  • celle de surveillance et de contrôle de la réalisation du développement durable.

Dans un premier temps, donc, les parlementaires sont en mesure d’assumer un rôle majeur en tant qu’intermédiaire entre la population et les décideurs, particulièrement au niveau politique, auxquel ils participent. Bien au fait des besoins et des attentes de leurs commettants, ils peuvent en effet influer sur les décisions et les initiatives que comptent élaborer ou mettre en oeuvre leur gouvernement, et même les orienter. C’est souvent eux qui sont les mieux placés pour juger de la pertinence, de la justesse et de la faisabilité d’une démarche précise. En ce sens, il est certainement à leur avantage, de même qu’à celui de leur gouvernement, de bien faire valoir ce rôle concret qu’ils peuvent jouer tant auprès de la population que des centres de décision.

En second lieu, le fait que les parlementaires occupent une place médiane peut en faire d’excellents agents d’information, de concertation et de médiation, bref de véritables ambassadeurs du développement durable. De fait, s’ils peuvent exercer une certaine influence auprès des décideurs en exprimant les besoins et les attentes de la population, ils peuvent aussi en retour agir directement auprès de celle-ci. C’est ainsi qu’ils peuvent d’abord informer les gens sur leur contribution à la réalisation du développement durable et les sensibiliser à cet égard, puis ensuite les inciter à participer activement aux initiatives concrètes applicables au niveau de la collectivité. Plus spécifiquement, les parlementaires devraient mettre l'accent sur l'éducation et la formation des générations montantes.

Enfin, les parlementaires peuvent aussi intervenir d’une façon différente, c’est-à-dire en assumant dans une certaine mesure le contrôle de la réalisation du développement durable. Cette fonction peut se faire de façon constructive, notamment par une participation active aux divers forums qui sont à leur portée, que ce soit au niveau législatif ou interparlementaire. Encore ici, leur proximité à la fois du pouvoir décisionnel et de la population fait en sorte qu’ils peuvent stimuler la mise en oeuvre des initiatives de développement durable et « rétro-agir » positivement afin de faciliter les ajustements jugés nécessaires. Dans tous les cas, les parlementaires doivent faire preuve d’une grande perméabilité à toute l’information qui concerne la réalisation du développement durable. Ils seront dès lors mieux en mesure d'interagir auprès de leur commettants et des décideurs que ce soit au moment de la conception des initiatives ou de leur mise en oeuvre.

CONCLUSION

Le développement durable est en quelque sorte une question d'équilibre entre les besoins des générations présentes et ceux des générations qui suivront.

Les parlementaires sont indéniablement en mesure d’apporter une contribution significative à la réalisation du développement durable et au choix des orientations communes qui guideront les actions des États dans un esprit de solidarité envers le bien commun. Ils sont notamment parmi les mieux placés pour devenir de véritables ambassadeurs du développement durable et les principaux intermédiaires entre la population et les décideurs, pour faciliter le flux de l’information, la concertation et la médiation et pour voir de près à la réalisation des objectifs dans ce domaine.

Il appartient aux États, aux parlementaires et aux populations locales de travailler ensemble, en se concertant et en formant des partenariats, pour établir les assises du développement durable. Ils sont tous des acteurs clés, et les seuls capables de faire en sorte que l'intégration économique se réalise dans le respect des besoins mutuels et des intérêts communs de tous et chacun.

 


2020-06-24 09:11:23 / mazoughou@magoe.gn

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